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Refus global : histoire d’une réception partielle

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Monday, December 4, 2017

Sophie Dubois, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke et professeure de littérature au Collège Ahuntsic

À l’origine de ce livre réside le questionnement suivant : qu’a fait l’histoire culturelle du Québec de Refus global ? Lorsque, dans un cours en études québécoises, j’ai souhaité m’intéresser aux polémiques qu’avait engendrées le manifeste automatiste au moment de sa parution, je me situais en plein dans le mythe, c’est-à-dire dans l’idée courante selon laquelle Refus global était une œuvre subversive qui avait été unanimement conspuée par la critique à sa sortie. Or, me voici doublement surprise : non seulement l’œuvre a suscité les commentaires les plus divers – des critiques acerbes certes, mais aussi des moqueries naïves et des comptes rendus favorables – mais elle n’est pas non plus celle que je croyais. 

« Refus global » n’est pas Refus global. Le texte que Paul-Émile Borduas adresse au « petit peuple » québécois, auquel renvoie généralement le titre, est d’abord paru dans un recueil de textes portant le même titre. Cette découverte, faite en fin de baccalauréat, allait orienter trois ans plus tard mes recherches doctorales. Ce livre est en effet l’aboutissement d’un long processus : celui qui a mené à ma thèse de doctorat, puis à la refonte de celle-ci en un livre édité aux Presses de l’Université de Montréal.

Partant du constat que le contexte premier de parution de ce document mythique, incarnation pour certains de l’entrée du Québec dans la modernité avait été quelque peu occulté dans l’histoire culturelle, j’ai voulu comprendre pourquoi, en fonction de quels critères.

Dans ce livre, je retrace donc le parcours de réception critique de Refus global pour montrer comment – et au détriment de quoi – s’est construit le mythe qui entoure le texte aujourd’hui. Ce faisant, je souhaitais par ailleurs redonner voix à certaines interprétations de l’œuvre qui ont été étouffées par le récit dominant, dont celles qui prennent en compte l’origine recueillistique et collective de l’œuvre. Ces « réceptions parallèles » permettent de s’extraire de la lecture consacrée du manifeste comme œuvre subversive, disruptive et politique, pour l’envisager autrement.

Plus largement, mon objectif était d’identifier, à travers l’étude de la réception de Refus global, les critères menant à la rétention ou à l’oubli d’une œuvre dans l’histoire culturelle québécoise. En mettant en évidence comment Refus global, le recueil paru en 1948, est devenu, au fil du temps et d’une réduction du discours, « Refus global », le texte éponyme de Borduas, c’est l’ensemble du processus historiographique que je cherchais à éclairer. Parce que, à mon sens, Refus global, c’est aussi un microcosme de notre culture et que comprendre sur quels critères se construit notre culture, c’est être conscient des valeurs qui sous-tendent notre collectivité.  


Sophie Dubois est titulaire d’un doctorat en littératures de langue française de l’Université de Montréal. Elle a réalisé un postdoctorat à la Chaire d’études interculturelles sur le Québec et la francophonie nord-américaine de l’Université de la Sarre en Allemagne. Elle est chargée de cours à l’Université de Sherbrooke et professeure de littérature au Collège Ahuntsic. Impliquée dans la Société d’études beaulieusiennes, elle dirige Les Cahiers Victor-Lévy Beaulieu.

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