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De l’ordre et de l’aventure. La poésie au Québec de 1934 à 1944

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Wednesday, May 18, 2016

François Dumont, professeur titulaire, Université Laval

 

Le Prix d’auteurs pour l’édition savante (PAES) a été créé en 1941. Dans le cadre des célébrations du 75e anniversaire du programme en 2016, les membres du Conseil scientifique du PAES ainsi que d’autres érudits réputés contribueront à la série de blogues Livres à vous! en évoquant des livres marquants qui ont bénéficié d’une subvention du PAES et qui ont tenu une grande place pour leur discipline ou pour eux personnellement en tant que chercheurs, enseignants ou étudiants.

Je me souviens très bien de ma première lecture de De l’ordre et de l’aventure (Presses de l’Université Laval, 1975), de Jacques Blais, au début des années 1980. J’avais étudié en philosophie et je songeais à une réorientation en études littéraires. Si je voulais changer de domaine, c’était pour deux raisons. D’abord, parce que la poésie m’intéressait vivement. J’avais lu des textes de philosophes sur la poésie, mais c’est la poésie elle-même qui m’attirait, l’écriture et pas seulement la pensée. D’autre part, j’avais été un peu frustré de croiser si peu de compatriotes durant mes études de philosophie. J’avais pu constater, en lisant Le temps des poètes (HMH, 1969), de Gilles Marcotte, que du côté de la poésie, la situation était différente : les œuvres québécoises d’envergure semblaient relativement nombreuses.

            Le livre de Marcotte, qui portait sur la poésie québécoise des années 1950 et 1960, était passionnant et vivant, mais il s’agissait davantage d’un essai que d’un livre savant. Marcotte avait été journaliste et son livre était surtout tourné vers l’évaluation et l’interprétation. Je connaissais déjà quelques études sur la poésie française, de Jean-Pierre Richard en particulier, dont je goûtais les analyses approfondies. C’est ce que j’ai trouvé chez Jacques Blais. J’apprécie toujours le livre de Marcotte, qui demeure pour moi un grand critique, mais par comparaison, le livre de Blais me faisait voir autre chose : une analyse plus précise et plus complète des textes, structurée de façon plus méthodique.

            Il y avait quelque chose d’ingrat dans le travail de Jacques Blais (qui était à l’origine sa thèse de doctorat). En effet, son objet était la poésie québécoise de 1934 à 1944. Or, parmi les œuvres parues au cours de cette période, deux recueils seulement étaient vraiment reconnus : l’un de Saint-Denys Garneau (Regards et jeux dans l’espace, 1937) et l’autre d’Alain Grandbois (Les îles de la nuit, 1944). La plupart des autres recueils parus durant ces années étaient considérés comme des œuvres mineures, qui ne pouvaient permettre au mieux que de décrire plus complètement la vie littéraire d’une époque. Mais en plus de faire découvrir divers aspects de cette période de transition (de « l’ordre » à « l’aventure ») et certains livres qui ne méritaient pas d’être tombés dans l’oubli (les recueils de Medjé Vézina ou de Clément Marchand, par exemple), le parti pris d’exhaustivité de Jacques Blais lui a aussi permis de mettre en évidence la valeur particulière des œuvres de Garneau et de Grandbois. En effet, en inscrivant ces deux auteurs dans leur temps, il a fait mieux voir que les études antérieures l’originalité de leurs poèm

es et de leurs recueils (car Jacques Blais fut l’un des premiers critiques de poésie québécoise à étudier avec attention la composition des recueils et non pas seulement les poèmes isolément).            

De l’ordre et de l’aventure a fortement contribué à orienter mes recherches ultérieures. J’ai travaillé sur la période 1945-1970 — en prenant ainsi le relais chronologique de l’étude de Jacques Blais — dans ma thèse de doctorat et j’ai publié des études d’histoire littéraire et sur le recueil. Comme Blais, j’ai tenté de lier l’approche historique et l’analyse textuelle, deux domaines qui n’ont pas été si souvent mis en relation à une époque (je dirais jusqu’au début des années 1990) où il semblait nécessaire de choisir entre les deux perspectives. Pour moi, Jacques Blais, que j’ai eu la chance de connaître aussi comme professeur, est toujours resté un modèle en raison de la rigueur et de la finesse de ses analyses. Il a publié d’autres livres et un grand nombre d’articles, mais 

 

De l’ordre et de l’aventure constitue sans doute son travail le plus ambitieux, auquel peu d’études critiques sur la poésie québécoise peuvent être comparées, car en plus de combiner l’histoire et l’analyse détaillée des textes, ce livre est écrit avec une élégance admirable.

François Dumont est professeur titulaire à l’Université Laval, où il dirige le Département des littératures. Il a publié des études portant principalement sur la poésie et sur l’essai, des recueils de poèmes, et cosigné Histoire de la littérature québécoise (Boréal, 2007) avec Michel Biron et Élisabeth Nardout-Lafarge.

                                                                                            

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